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Service de Rhumatologie
Professeur Olivier MEYER
Cours DCEM3
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Anti-inflammatoires non stéroïdiens
Principes et
règles d'utilisation
Pathologie de l'appareil locomoteur -
rhumatologie DCEM3
Internat n° 377
Les anti-inflammatoires non
stéroïdiens (AINS) sont des médicaments
symptomatiques à action rapide qui ont des
propriétés analgésique, antipyrétique et
anti-inflammatoire.
Malgré leur
hétérogénéité chimique, ils ont un
mode d'action commun: diminution de la production tissulaire des
prostaglandines (PG) et thromboxanes (TX), par inhibition de la
cyclooxygénase (COX) dont il existe deux iso-enzymes (COX-1,
constitutive et ubiquitaire et COX-2, inductible dans les monocytes
macrophages et les polynucléaires). Les effets
indésirables (gastro-toxicité; effets sur le rein)
pourraient être le fait de l'inhibition de la COX-1 gastrique
et rénale, alors que les propriétés
thérapeutiques celles de l'inhibition de la COX-2 (Ceci n'est
pas encore validé).
Ce mode d'action explique à
la fois les propriétés thérapeutiques et la
plupart des effets indésirables.
Nous regroupons ici les AINS
proprement dit et les salicylés, car ils possèdent
à peu près tous les mêmes effets
thérapeutiques et les mêmes effets indésirables.
A- PROPRIETES PHARMACOLOGIOUES
1. Action antipyrétique
Les AINS diminuent la fièvre d'origine infectieuse,
inflammatoire ou néoplasique, en inhibant la synthèse
de PGE2 (induite par des cytokines, notamment l'interleukine-1), dans
l'aire préoptique de l'hypothalamus (centre de la
thermorégulation).
2. Action antalgique
Les AINS sont antalgiques par leur
action périphérique au sein du site inflammatoire.
L'action antalgique des AINS est importante quand les douleurs sont
dues à un excès de nociception où les PG jouent
un rôle pathogène: douleurs de l'appareil locomoteur,
céphalées, douleurs postopératoires, douleurs
dentaires, dysménorrhées, colique hépatique,
colique néphrétique.
La posologie de l'action antalgique
est plus faible que celle de l'action anti-inflammatoire.
3. Action anti-inflammatoire
Les AINS inhibent la composante
vasculaire de la réaction inflammatoire aiguë,
responsable de la classique tétrade: oedème, douleur,
rougeur, chaleur. Leur action est rapide et purement suspensive:
l'action anti-inflammatoire disparaît rapidement après
l'arrêt de 1'AINS; les AINS ne modifient pas le cours
évolutif des rhumatismes inflammatoires chroniques.
Les AINS ont aussi une action sur
les polynucléaires neutrophiles (PNN): inhibition de
l'adhérence, du chimiotactisme, de l'agrégation
cellulaire, de la phagocytose et de la libération d'anions
superoxydes et de radicaux libres.
4. Action antiagrégante
Tous les AINS anti-COX-1
interfèrent avec les fonctions plaquettaires. Les anti-COX-2
sélectifs n'interfèrent pas.
C'est l'aspirine qui allonge le
plus nettement le temps de saignement. L'aspirine inhibe de
façon irréversible la cyclo-oxygénase
plaquettaire, ce qui inhibe la formation de TXA2 (puissant agent
agrégant et vasoconstricteur). L'effet anti-agrégant de
l'aspirine ne réclame que de faibles doses (100 à 250
mg/j) et persiste une semaine après l'arrêt du
traitement (suivi sur le temps de saignement).
B- MECANISMES D'ACTION
I. Rôle de la
cyclo-oxygénase
1. Formation des prostaglandines
La formation des
éicosanoïdes (PG, TX et leucotriènes) se fait au
niveau des membranes cellulaires. Sous l'action de divers stimulus,
les phospholipides membranaires sont transformés en acide
arachidonique par activation de la phospholipase A2.
Ensuite, en fonction des types
cellulaires, il y a formation d'éicosanoides selon deux voie
biochimiques:
- la voie de la lipo-oxygénase aboutit à la
formation des leucotriènes et des lipoxynes.
- la voie de la cyclo-oxygénase aboutit à la
formation des prostaglandines (PGI2, PGD2, PGE2, PGF2-alpha) et
des thromboxanes (TXA2).
La COX-1, ou COX tissulaire, est
présente dans la plupart des tissus où elle catalyse
notamment la synthèse de la PGE2 dans la rein et de la
prostacycline qui est cytoprotectrice dans l'estomac.Elle est aussi
présente dans les plaquettes (TXA2) et l'endothélium
(PGI2). La COX-2, ou COX inductible, est absente à
l'état basal mais présente dans les foyers
inflammatoires. Au cours de l'inflammation, des cytokines comme l'IL1
induisent la production de COX-2 dans les monocytes-macrophages, les
cellules synoviales, les chondrocytes.
Ainsi la COX- 1 apparaît
être une enzyme de régulation (fonctions rénales,
gastriques, homéostasie vasculaire) et la COX-2 une enzyme
d'adaptation (réaction inflammatoire).
2. Actions des prostaglandines
Bien que les PG agissent localement, leur production dans de
nombreux types cellulaires explique la diversité des
mécanismes physiopathologiques dans lesquels ils sont
impliqués:
- phase vasculaire de la réaction inflammatoire:
vasodilatatrices,
- sensibilisation des nocicepteurs périphériques
à l'action des médiateurs (bradykinine, histamine),
- thermorégulation: pyrogènes,
- agrégation plaquettaire,
- protection de la muqueuse gastrique,
- motricité bronchique et utérine,
- perméabilité du canal artériel chez le
foetus,
- déclenchement du travail obstétrical,
- régulation du flux sanguin rénal en cas
d'hypovolémie.
3. Rôle des prostaglandines dans la réaction
inflammatoire aiguë
La réaction inflammatoire
aiguë évolue en plusieurs phases:
a) Phase vasculaire
- Vasoconstriction réflexe, suivie d'une vasodilatation
importante et durable avec augmentation de la
perméabilité vasculaire et activation locale de la
coagulation. Les prostaglandines PGE2 et PGI2 (ou prostacycline)
provoquent une vasodilatation et une augmentation de la
perméabilité vasculaire en agissant sur les fibres
musculaires lisses des vaisseaux et les cellules
endothéliales,
b) Phase cellulaire
- Afflux, au site de l'inflammation, de leucocytes d'abord les
polynucléaires neutrophiles, puis les cellules
mononucléées (monocytes/macrophages et lymphocytes).
Les PG ne semblent pas avoir de rôle dans cette phase
c) Phase de réparation
II. Mode d'action des AINS
Les AINS inhibent la
cyclo-oxygénase et donc la formation des prostaglandines
(PGE2, PGs...), de la prostacycline (PGI2), du thromboxane A2 et de
diverses protéases.
- Mais certains pensent que l'inhibition de la
biosynthèse des prostaglandines (PG) ne constitue pas le
mécanisme d'action essentiel des AINS.`
- Rappelons que:
- n'existe pas de parallélisme entre l'inhibition de
la COX et le pouvoir anti-inflammatoire,
- le salicylate est anti-inflammatoire mais n'inhibe pas la
formation des PG.
Mécanismes d'action des AINS
sur les polynucléaires
- L'action des AINS sur les PNN est indépendante de
l'inhibition de la synthèse des PG.
- Il est probable que les AINS agissent au niveau de la membrane
cellulaire des PNN, sur la liaison du ligand (facteur activateur)
à son récepteur, et/ou sur les mécanismes
d'activation transmembranaire.
C - PHARMACOCINETIQUE
1. L'aspirine
L'aspirine (acide
acétylsalicylique: acide faible) est absorbé rapidement
au niveau de l'estomac et plus lentement au niveau de l'intestin.
L'aspirine est transformé en
acide salicylique (salicylate) par plusieurs mécanismes; cette
transformation débute dans la muqueuse gastrique et digestive,
et se poursuit dans le plasma et surtout le foie. Le salicylate est
la principale forme biologiquement active. L'élimination est
urinaire.
La demi-vie plasmatique du
salicylate varie de 2 heures à faible posologie, à 12
heures à posologie anti-inflammatoire. Dans le sang,
l'aspirine et le salicylate sont fortement liés a l'albumine.
Le salicylate diffuse facilement dans le liquide synovial, traverse
la barrière foetoplacentaire et passe dans le lait maternel.
2. Les AINS autres que
l'aspirine
Les AINS sont des acides faibles
lipophiles et sont bien absorbés par le tube digestif. La
concentration sérique maximale (Cmax) est atteinte en 1
à 2 heures pour les formes standard. Les formes injectables
permettent l'obtention du pic plus rapidement, sans que leur
efficacité soit supérieure. L'alimentation n'affecte
pas habituellement la biodisponibilité.
La liaison aux protéines est
forte (90% à l'albumine), plus faible en cas
d'hypoprotidémie, ou chez le sujet âgé, ou dans
certaines maladies inflammatoires (comme la PR). Aussi, les AINS
déplacent les médicaments fixés sur les
protéines, pouvant augmenter leur toxicité. La fraction
libre, pharmacologiquement active, est inférieure à 5
%.
Les AINS diffusent bien dans le
tissu et le liquide synovial. Ils passent la barrière
foetoplacentaire, la barrière
hémato-encéphalique, et passent dans le lait maternel.
Pour la majorité des AINS,
il existe un métabolisme hépatique aboutissant à
la formation de métabolites inactifs.Il y a des exceptions:
- la phénylbutazone est transformée au niveau du
foie en oxyphenbutazone qui possède une activité
anti-inflammatoire,
- certains AINS sont des pro-médicaments (sulindac)
transformés en produit actif au niveau du foie.
Les AINS sont principalement
éliminés par les reins sous forme active et de
métabolites inactifs. Certains possèdent, en outre, une
élimination biliaire avec cycle entéro-hépatique
(indométacine, diclofénac, piroxicam).
La demi-vie d'élimination
plasmatique des AINS est variable selon les produits, avec pour
conséquence un rythme d'administration qui peut être
différent. On distingue 3 catégories:
- 1/2 vie plasmatique
courte, inférieure à 10 heures (2
à 6 heures): la plupart des dérivés
propioniques (ibuprofène, kétoprofène,
flurbiprofène), diclofénac, étodolac, acide
niflumique, indométacine. En principe 3 prises
quotidiennes,
- 1/2 vie plasmatique
intermédiaire, entre 10 a 18 heures:
naproxène, sulindac. En principe 2 prises quotidiennes.
- 1/2 vie plasmatique
longue, supérieure à 24 heures:
phénylbutazone, oxicams. En principe une seule prise
quotidienne.
Cependant, le nombre de prises
quotidiennes peut varier:
- selon la forme galénique. Certains AINS à courte
1/2 vie plasmatique ont été conditionnés sous
des formes à libération digestive prolongée
(exemple: Profenid® LP, Voltarène® LP pour le
diclofénac),
- selon l'intensité des douleurs dans le
nycthémère,
- selon la tolérance: la phénylbutazone est
prescrite en trois prises quotidiennes pour améliorer la
tolérance.
Compte tenu de la persistance de
l'AINS dans la synoviale, la 1/2 vie plasmatique d'un AINS ne
reflète pas forcément sa durée d'action
thérapeutique sur les signes articulaires.
D - MODALITES D'ADMINISTRATION
1. L'aspirine
Chez l'adulte, la posologie
anti-inflammatoire de l'aspirine se situe entre 3 g/j et 5 g/j, et la
posologie maximale est de 6 g/j et permet d'atteindre une
salicylémie efficace entre 200 et 300 mg/l. L'aspirine est
donnée en 3 à 4 prises quotidiennes, avec les repas.
Chez l'enfant ne pas
dépasser :
- 80 mglkg/24 h (répartis en 4 prises espacées de
6 heures) chez le petit enfant âgé de 1 à 3
ans,
- 100 mglkg/24 h chez l'enfant âgé de plus de 4
ans.
2. Les AINS autres que
l'aspirine
Il existe plusieurs voies
d'administration:
- la voie orale est la plus
utilisée. L'AINS est prescrit au milieu des repas,
- la voie rectale ,
plutôt réservée à l'administration du
soir,
- la voie intramusculaire
est réservée au traitement d'attaque d'une douleur
aiguë (prescription au maximum pendant quelques jours) et est
à proscrire pour les traitements prolongés,
- ne pas oublier la voie
cutanée,
- le kétoprofène (Profénid®) peut
être administré en perfusion intraveineuse, chez des
patients hospitalisés et présentant des douleurs
particulièrement intenses.
- Cas particuliers :
- chez les sujets âgés de plus de 70 ans, il
faut donner la moitié ou les 2/3 de la posologi
habituelle, car la toxicité des AINS est
augmentée. Ceci implique, outre de diminuer l posologie,
d'éviter les traitements prolongés,
- chez l'enfant, les posologies conseillées sont de 1
à 3 mg/kg/j pour l'indométacine, 10 mg/kg/j pour
le naproxène, et de 2 mg/kg/j pour le diclofénac.
3. Restrictions concernant la
phénylbutazone
Du fait des risques toxiques, notamment médullaires
(agranulocytose), la phénylbutazone est actuellement
strictement réservée au traitement des
spondylarthropathies non contrôlées par les autres AINS.
Elle nécessite une surveillance régulière
(mensuelle de l'hémogramme, de la fonction rénale, et
des enzymes hépatiques).
E - EFFETS INDESIRABLES
Ils affecteraient 10 à 25 % des patients traités.
Les plus fréquents sont digestifs. Les complications graves
sont rares si l'on respecte les contre-indications et les
modalités d'administration usuelles.
1. Effets indésirables
digestifs
Ils sont fréquents, généralement
dose-dépendants, communs à tous les AINS anti-COX-1 et
à toutes les formes galéniques et voie d'administration
(orale, rectale, parentérale). Ils sont liés à
l'inhibition de la synthèse des PG dont certaines ont un
rôle protecteur sur la muqueuse digestive (PGI2).
Tableau I :
Conséquences digestives des traitements par AINS
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Oesophage
- Ulcérations toxiques de l'oesophage
- Aggravations des lésions oesophagiennes par
RGO ?
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Estomac-duodénum
- Troubles fonctionnels isolés ou
associés à des lésions :
nausées, vomissements, douleurs
épigastriques
- Lésions : oedèmes ; hémorragies
muqueuses ou sous-muqueuses : purpura,
pétéchies, pertes de substance :
érosions, ulcérations, ulcères
(perte de substance creusante > 3 mm)
- Complications : perforation, hémorragie
digestive
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Intestin grêle
:
- Perte de substance : érosions, ulcères
- Complications : perforation, hémorragie
digestive aiguë ou chronique
- Sténoses longues ou courtes (diaphragme)
- Modifications des fonctions d'absorption
hydroélectrolytique (diarrhée)
- Modifications de la perméabilité
intestinale (entéropathie exsudative),
micro-inflammation intestinale, anomalie du test de
Schilling, entéropathie exsudative
|
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Colon :
- Colites non spécifiques, colites à
éosinophiles, colites collagènes
- Pertes de substance, ulcérations coliques,
sténose diaphragmatique
- Complications diverticulaires : perforations,
fistules, hémorragies
- Colites ischémiques
- Rechutes colites inflammaotires
|
a) Lésions anatomiques de la muqueuse digestive
- Les lésions gastro-duodénales des AINS sont
visibles en endoscopie. Elles sont plus fréquentes au
niveau de l'estomac, où elle prédominent sur
l'antre, qu'au niveau du duodénum. La gastropathie des AINS
prédomine chez le sujet âgé (>65 ans), aux
antécédents ulcéreux. I1 peut s'agir de:
- érythème, hémorragies sous-muqueuses,
oedème de la muqueuse,
- érosions pouvant entrâîner des
microsaignements,
- lésions multiples ou diffuses :gastrite
hémorragique,
- ulcère à l'emporte-pièce, surtout
gastrique. Il peut entraîner une hémorragie
digestive ou une perforation .
- Il n'y a que peu de corrélations entre
l'intensité des symptômes digestifs et la
présence de lésions muqueuses sous AINS. Les
lésions de la muqueuse de l'intestin grêle ou du
colon sont plus rares. Elles peuvent cependant être
responsables d'hémorragies ou de perforation.
b) Les symptômes digestifs mineurs
- Il s'agit de nausées, vomissements, dyspepsie,
épigastralgies, douleurs abdominales, diarrhées. La
survenue de ces symptômes fait que le patient va interrompre
le traitement.
- Si l'on suspecte un ulcère: symptômes
évocateurs ou intenses, persistance des symptômes
après arrêt de 1'AINS, terrain favorisant (sujet
âgé, antécédent ulcéreux,
traitement corticoïde associé, intoxication
alcoolo-tabagique). Il faut alors faire pratiquer une endoscopie
digestive haute.
c) Les hémorragies digestives occultes
- Une lésion digestive, le plus souvent gastrique, peut
entraîner un saignement chronique occulte, sans
symptômes digestifs, et être responsable d'une
anémie par carence martiale.
- Toute anémie ou aggravation d'une anémie sous
AINS nécessite un contrôle endoscopique
gastro-dnodénal.
d) Les accidents digestifs graves (0,7 % des traitements au
long cours pour PR)
- Il s'agit d'hémorragies digestives macroscopiques (1
pour 6000 à 10000 prescriptions) ou de perforation
d'ulcère, mettant en jeu le pronostic vital. Dans la
moitié des cas, ces complications surviennent sans
symptômes d'alarme. Au palmares de ces accidents graves
vient le piroxicam en premier, suivi du ketoprofène, puis
le naproxène et le diclofénac.
e) La préventiorn de la gastropathie des AINS
- En l'absence d'antécédent
ulcéreux, mais en présence de facteurs de risque
(âge > 65 ans), on recommande la coprescription de
misoprostol (Cytotec® 200 1 à 2 cp matin et soir) ou
d'oméprazole (Mopral® 20 mg/j).
- En cas d'antécédent ulcéreux les
AINS ne doivent être utilisés qu'avec
précaution et en l'absence d'alternative
thérapeutique. La pratique d'une fibroscopie digestive
haute peut être utile mais n'est pas indispensable. La
protection gastroduodénale doit faire appel aux inhibiteurs
de la pompe à protons: oméprazole (Mopral® 20, 1
cp/j).
Figure 1 : Prévention
des lésions gastroduodénales induites par les AINS
(1ère prescription).
f) Autres
- Oesophagite et/ou ulcère oesophagien: surtout en cas de
reflux gastro-oesophagien. Perforations, sténoses,
ulcérations intestinales.
- Colites aiguës, colites ischémiques (sur colon
sain ou pathologique), hémorragies et perforations
coliques.
- Les AINS sous forme de suppositoires peuvent entraîner
une anorectite (brûlures anales, ténesme ou
épreintes), exceptionnellement rectorragies.
2. Effets indésirables
rénaux
a) L'insuffisance rénale aiguë (IRA)
fonctionnelle
- L'existence d'une hypoperfusion rénale, la stimulation
du système sympathique adrénergõque et
l'hyperangiotensinémie, provoquent une vasoconstriction
artériolaire normalement contrebalancée par l'effet
vasodilatateur des PG (maintenant le débit de perfusion
rénale). La brutale inhibition de la synthèse des PG
peut alors déclencher une insuffõsance rénale par
effondrement de la filtration glomérulaire.
- L'IRA survient sur un terrain prédisposé:
- sujets âgés,
- déshydratation,
- régime sans sel,
- diurétiques,
- hypovolémie effõcace (syndrome néphrotique,
insuffõsance cardiaque, cirrhose décompensée),
- lésions vasculaires rénales
- prise d'inhibiteur de l'enzyme de conversion (IEC).
- L'IRA survient dans la première semaine du traitement:
élévation de la créatininémie,
oligoanurie, hyperkaliémie. Le rapport sodium/potassium
urinaire est inférieur à 1. L'IRA est habituellement
réversible après arrêt de l'AINS, mais parfois
incomplètement. Plus rarement il peut s'agir d'une IRA
organique par nécrose papillaire (ischémie de la
médullaire rénale).
b) Troubles hydro-électrolytiques
- Rétention hydro-sodée: risque de majoration
d'une HTA et/ou d'insuffisance cardiaque.
- Hyperkaliémie par un syndrome d'hyporéninisme et
hypoaldostéronisme (en cas d'insuffisance rénale
préalable ou favorisé par les IEC).
- Hyponatrémies.
c) Néphropathies interstitielles avec syndrome
néphrotique
- Survenant après en moyenne 6 mois de traitement. I1
existe une insuffisance rénale.
- L'évolution est favorable après arrêt de
l'AINS.
d) Néphropathies interstitielles sans syndrome
néphrotique
- Survenant en début de traitement, le tableau associe:
protéinurie modérée, IRA d'intensité
variable, syndrome d'hypersensibilité (fièvre, rash
cutané, hyperéosinophilie) dans un cas sur deux.
3. AINS et HTA
Chez les patients hypertendus sous traitements antihypertenseurs,
il est possible de voir se majorer la pression artérielle (PA)
d'où la nécessité d'une surveillance accrue de
la PA.
4. Effets indésirables
cutanéo-muqueux
Il s'agit surtout de manifestations immuno-allergiques:
- le plus souvent bénignes: éruptions diverses,
plus ou moins prurigineuses, urticaire, vascularite purpurique.
- exceptionnellement: érythème polymorphe,
syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell. Le risque de
toxidermie grave semble plus important avec la
phénylbutazone et les oxicams.
5. Effets indésirables
neuro-sensoriels et psychiques
- Ils sont plus souvent fréquents avec
l'indométacine qu'avec les autres AINS:
céphalées, vertiges,acouphènes, somnolence et
troubles du sommeil, troubles de la vision, troubles de l'humeur
(possible syndrome dépressif).
- Lors de la prescription d'aspirine, la survenue de
bourdonnements d'oreille indique que la dose toxique est atteinte
et nécessite la diminution de posologie.
- Exceptionnellement: méningite aseptique sous
ibuprofène notamment chez des patients atteints de lupus
érythémateux disséminé.
6. Effets indésirables
hépatiques
Tous les AINS peuvent être responsables de perturbations
biologiques hépatiques, cytolyse et/ou cholestase. Les
hépatites avec manifestations cliniques sont rares. Le
mécanisme peut être immunoallergique (souvent
précoce), toxique (souvent plus tardive), ou souvent mixte.
7. Effets indésirables
hématologiques
a) Anémie par hémorragie digestive:
- anémie aiguë par saignement,
- anémie ferriprive par saignement chronique.
b) Les cytopénies centrales:
- par atteinte médullaire sont exceptionnelles. Les plus
graves sont l'agranulocytose aiguë et l'aplasie
médullaire. Le risque est plus important avec les
pyrazolés. C'est pourquoi la phénylbutazone a des
indications strictement limitées.
c) Les cytopénies périphériques
auto-immunes sont exceptionnelles:
- anémie hémolytique auto-immune,
thrombopénie auto-immune.
d) Effet anti-agregant plaquettaire, surtout marqué par
l'Aspirine
- il entraîne un risque d'hémorragie en cas de
geste invasif (biopsie percutanée, ponctions diverses). Ne
pas oublier l'arrêt de l'aspirine au moins 1 semaine avant
un geste chirurgical ou un geste invasif.
8. Allergie aux AINS
- Les manifestations allergiques aux AINS peuvent être
multiples: éruptions cutanées (vascularite
leucocytoclasique), hépatite, fièvre, rhinite,
conjonctivite, hyperéosinophilie sanguine.
- Exceptionnellement: bronchospasme, oedème de Quincke,
choc anaphylactique, pneumopathie immuno-allergique. La survenue
d'une réaction allergique à un AINS contre-indique
l'utilisation d'un AINS de la même classe chimique.
9. Le syndrome de Widal
- Il associe une rhinite avec polypose nasale, un asthme et une
intolérance aux AINS et à l'aspirine. Il ne s'agit
pas d'un syndrome d'allergie, mais d'une réaction survenant
sur un terrain particulier caractérisé par une
perturbation du métabolisme de l'acide arachidonique.
Contre-indique ultérieurement tout traitement par un AINS y
compris l'aspirine.
10. Effets
gynéco-obstétricaux
- Les AINS sont contre-indiqués:
- pendant les 3 premiers mois de la grossesse: risque
tératogène théorique. Seuls le
naproxène et l'ibuprofène ont
démontré leur absence d'effet
tératogène chez l'homme.
- pendant les 3 derniers mois de la grossesse: risque
d'augmentation de la durée de la gestation et du
travail, de fermeture prématurée du canal
artériel chez le foetus,
- pendant l'allaitement.
- Les AINS peuvent diminuer l'efficacité des dispositifs
de contraceptions intra-utérins: risque de grossesse sur
stérilet. I1 faut donc prévenir les patientes
porteuses d'un DIU de ce risque
F - INTERACTIONS
MEDICAMENTEUSES
1. Risque hémorragique
Les AINS augmentent le risque d'accident hémorragique sous
traitement anticoagulant, notamment sous anti-vitamine K (AVK).
L'association AINS et AVK (ou héparine) est
déconseillée. Lés associations pyrazolé
et AVK et AINS avec la ticlopidine (Ticlid®) sont
contreindiquées.
2. L'association des AINS entre eux est
illogique, majore la toxicité notamment digestive et est donc
contre-indiquée.
3. La phénylbutazone augmente le
risque d'accident hypoglycémique sous sulfamide
hypoglycémiant. Elle augmente les taux sériques de la
phénytoïne (Di-Hydan®).
4. Les associations suivantes doivent
être particulièrement surveillées
- Lithium: diminution de l'élimination urinaire et
augmentation du taux sérique du lithium (sauf avec
l'aspirine)
- Diurétiques. Risque d'insuffisance rénale
5. L'aspirine a des effets variables sur
le métabolisme de l'acide urique
- A forte dose (> 4 g/j), l'aspirine est uricosurique.
- A faible dose (inférieure ou égale à 2
g/j), l'aspirine est hyperuricémiante (inhibition de la
sécrétion tubulaire rénale de l'acide
urique).
G - CONTRE-INDICATIONS
1. Absolues
- Allergie à la même classe chimique.
- Grossesse (début et fin).
- Insuffisance hépatique ou rénale
sévère.
- Ulcère gastroduodénal évolutif
(compliqué).
- Syndrome de Widal.
- Maladie hémorragique constitutionnelle ou acquise.
2. Relatives
- Antécédents ulcéreux, reflux
gastromsophagien sévère
- Néphropathie, insuffisance rénale.
- Age > 70 ans (si traitement continu envisagé).
- AVK ou maladie hémorragique.
- Hépatopathie.
Tableau II :
Principaux anti-inflammatoires non stéroïdiens
Tableau III :
Recommandations de l'ANDEM pour la prescription des AINS
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Dans
les rhumatismes inflammatoires chroniques, la posologie
minimale efficace d'AINS doit être recherchée
en fonction de l'état clinique (posologie la plus
faible susceptible de contrôler la douleur et/ou la
raideur). Lors des rémissions, l'attitude la plus
rationnelle est l'arrêt du traitement avec reprise en
cas de rechute.
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Dans
les lombalgies et/ou lombosciatalgies aiguës et les
rhumatismes abarticulaires en poussée, une
réévaluation clinique est nécessaire
avant de prolonger éventuellement le traitement
au-delà d'une dizaine de jours.
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Il
n'est pas conseillé de poursuivre un traitement par
AINS au long cours dans les lombalgies et rachialgies
chroniques
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Dans
les pathologies arthrosiques, les AINS peuvent être
prescrits en cas de poussée douloureuse aiguë,
après échec des antalgiques et des autres
thérapeutiques. Il n'est pas conseillé de
poursuivre un traitement par AINS au long cours dans les
pathologies dégénératives en dehors des
poussées douloureuses.
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La
meilleure prévention des complications
gastro-duodénale sévères (ulcère
gastro-duodénal, hémorragie digestive,
perforation) est d'éviter la prescription chez les
sujets à risque (sujets âgés de plus de
65 ans, antécédents d'ulcère
gastro-duodénal). Ces complications peuvent survenir
à la phase précoce du traitement (premier
mois) et sont dose-dépendantes. Pour cette raison, il
ne faut pas prescrire d'AINS à des doses
supérieures à celles recommandées ni
associer deux AINS. Ces prescriptions sont inefficaces et
augmentent les risques de complications
gastro-duodénales graves.
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Lorsque la prescription d'un AINS est
nécessaire chez un sujet à risque, un
traitement préventif par misoprostol peut être
utilisé à la dose recommandée par l'AMM
(depuis, l'oméprazole a également obtenu l'AMM
dans cette indication). S'ils peuvent réduire les
risques de complications, il ne mettent pas totalement les
patients à l'abri de complications
gastro-duodénale graves, et la surveillance doit
être maintenue.
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Il
n'existe aucun traitement capable de prévenir
totalement les complications gastro-duodénale graves
chez les patients prenant des AINS
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Les
indications de l'endoscopie et la conduite à tenir
selon les résultats devraient faire l'objet d'une
conférence de consensus.
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Les
AINS doivent être évités chez les sujets
à risque d'insuffisance rénale aiguë
fonctionnelle (âge > 75 ans, traitements par les
diurétiques, traitement par inhibiteurs de l'enzyme
de conversion, deshydratation, régime
désodé, insuffisance cardiaque, rénale
ou hépatique). En cas de nécessité, il
est logique d'éviter de prescrire des produits
à demi-vie longue.
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Chez
les sujets de plus de 70 ans, qui ont des risques digestifs
et des risques élevés d'insuffisance
rénale aiguë fonctionelle ainsi que
d'interactions médicamenteuses, il convient de
respecter les recommandations suivantes :
- réduire les doses en fonctions du poids
- éviter les molécules à demi-vie
longue
- éviter les indoliques, qui augmentent le
risque de chutes
- s'assurer impérativement que la clairance de
la créatine (obtenue facilement à partir de
la créatininémie par la formule de
Cockcroft ou l'abaque Kampman) est supérieure
à 30 ml/min avant de commencer le traitement
- prescrire un protecteur gastro-duodénal
efficace (le misoprostol et l'oméprazole sont les
seuls à avoir l'AMM)
- surveiller la pression artérielle si le sujet
est hypertendu, ainsi que la prise de poids et la
survenue d'oedèmes des membres inférieurs
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Toute
prescription d'AINS doit faire l'objet d'une estimation du
rapport bénéfice-risque, en fonction de
l'existence de facteurs de risque (qui peuvent d'ailleurs
être intriqués) et de l'indication
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Il
peut être dangereux d'associer un traitement AINS par
voie générale à de l'aspirine à
des doses supérieures à 500 mg/j et aux AINS
à doses antalgiques
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Il
faut mettre en garde les patients vis à vis des
interactions potentiellement dangereuses avec certains
médicaments en vente libre, en particulier l'aspirine
et les AINS à doses antalgiques
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La
prise d'AINS chez les patients traités par
antivitamine K ou par héparine à dose
anticoagulante est fortement déconseillée
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La
voie intramusculaire doit être limitée aux tout
premiers jours du traitement, voire au premier jour,
délai au delà duquel son intérêt
est de nature essentiellement psychologique
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Il
faut éviter en pratique courante (et donc en dehors
de certains cas résistants de polyarthrite
rhumatoiïde, lupus érythémateux
disséminé, connectivites, néoplasies ou
autres maladies inflammatoires systémiques
évolutives) d'associer les traitements AINS et la
corticothérapie, surtout à une posologie
quotidienne supérieure ou égale à 10 mg
(équivalent prednisone).
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