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Professeur Olivier MEYER Article didactique |
1. Définition
Le terme de vascularite ou angéite recouvre un champ immense de la pathologie systémique puisqu'il peut s'appliquer à toutes les situations où existe une réaction cellulaire inflammatoire intéressant les tuniques et le pourtour des vaisseaux de tous calibres depuis les veinules, les capillaires, les artérioles, les artères de moyen et de gros calibre.
2. Classifications
Le maquis des vascularites tire sa densité de la diversité des appellations au cours des différentes classifications qui se sont historiquement succédées [30], de la variété des vaisseaux intéressés, des étiologies (certaines sont primitives, mais d'autres sont secondaires à un processus, soit infectieux [5, 9, 14, 34], soit tumoral [13, 16, 19], soit inflammatoire [3]), enfin des mécanismes physiopathologiques qui les sous-tendent puisque à côté des classiques complexes immuns circulants on connaît le rôle des autoanticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA) [11, 20], des anticorps anti-cellules endohtéliales (AACE) [25], voire des médiateurs de l'immunité cellulaire (lymphocytes T et vascularite de la réaction de rejet de greffe) des toxiques (tabac et maladie de Buerger) ou des agents physiques (radiations ionisantes) [21].
Un autre facteur de confusion tient au fait qu'une même étiologie ou qu'une même affection peut déterminer des lésions de vascularite intéressant des vaisseaux de taille très différente depuis le capillaire jusqu'à l'aorte ou ses branches nominées de première division : c'est le cas des vascularites liées à un cancer solide ou une hémopathie [13, 16, 19], et des vascularites de la polyarthrite rhumatoïde ou du lupus systémique [3, 17]. Le tableau I tente de classer les vascularites en fonction de la taille des vaisseaux et de l'étiologie [24].
Tableau I : Classification des vascularites systémiques (d'après Kahn et Peltier)
Grosses
artères Maladie de
Horton LED Maladie de
Takayasu PR SPA Behçet Infection
(syphilis) Moyen
calibre PAN classique PAN de l'hépatite B Syndrome de Kawasaki Vascularite de PR, de LED, autres
connectivites Syndrome de Buerger Syndrome de Cogan Polychondrite atrophiante Cancers solides Déficit alpha1 AT Petit
calibre Maladie de
Wegener Maladies
granulomateuses Syndrome de Churg et
Strauss Connectivites : LED,
Sjögren, PR, ... PAN
microscopique Purpura
rhumatoïde Maladie de
sérum Cryoglobuline mixte,
essentielle Médicaments Syndrome de Mc
Duffie Infections
(bactéries, virus, mycoses) Erythema elevatum
diutinum Cryo mixtes, HCV
Vascularites
cutanées d'hypersensibilité Purpura
hyperglobulinémique du Sjögren Néoplasmes :
cancers solides, lymphomes Behçet Entérocolopathies Déficit en
complément Otite moyenne
séreuse
3. Histologie : exemple des vascularites nécrosantes
L'histologie, clé de voûte du diagnostic, montre habituellement deux ordres de signes : une nécrose fibrinoïde de la paroi des vaisseaux (il s'agit dans ce cas d'une angéite nécrosante) souvent associée à une thrombose de la lumière vasculaire, une réaction inflammatoire polymorphe où prédominent les polynucléaires neutrophiles pour la plupart picnotiques (il s'agit d'une angéite leucocytoclasique).
La coexistence de ces deux types de lésions autour des petits vaisseaux (artérioles, veinules et capillaires) a autrefois été qualifiée d'angéite " allergique " qui sous-tend un processus physiopathogénique connu ce qui est rarement le cas [31]. Les vaisseaux intéressés par le processus sont soit purement cutanés, soit cutanés et viscéraux réalisant des tableaux appelés angéite " d'hypersensibilité " par Zeek et probablement actuellement on parlerait de micro-PAN [4, 28]. Mais la micro-PAN ne recouvre pas l'ensemble des vascularites cutanéo-viscérales des vaisseaux de petit calibre, et la classification de Chapel Hill [22] (tableau II) regroupe dans cette catégorie également le syndrome de Churg et Strauss, la granulomatose de Wegener, le purpura rhumatoïde, les cryoglobulinémies mixtes [5, 14], la vascularite hypocomplémentémique de Mac Duffie [39] qui ont chacun leurs localisations viscérales propres, et des caractéristiques histologiques discriminantes [23, 35, 36, 38].
Tableau II: Noms et définitions des vascularites systémiques selon la conférence de consensus de Chapel Hill (1993)
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Vascularite des gros vaisseaux
Vascularite des petits vaisseaux
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Lorsque le processus d'angéite nécrosante intéresse électivement des artères de moyen calibre (derme profond et viscères) on est alors en droit d'évoquer la PAN cutanée ou cutanéo -viscérale ou viscérale [29]. Il existe cependant des formes avec intrication des deux types lésionnels (atteinte des petits vaisseaux et des artères musculaires de moyen calibre) (Figures 1 et 2).

4. Les critères diagnostiques des vascularites primitives
L'ACR, Collège américain de rhumatologie, a proposé en 1990, à partir d'une casuistique multicentrique de 1000 vascularites, une liste de critères dont le groupement permet d'établir, sinon le diagnostic, au moins la classification d'une vascularite donnée avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité (tableaux III, IV, V, VI, VII, VIII, IX). Ainsi en est-il pour la PAN, le syndrome de Churg et Strauss, la maladie de Wegener, le purpura rhumatoïde, les vascularites d'hypersensibilité, la maladie de Horton, la maladie de Takayasu [22]. Certains critères ont fait l'objet de critiques légitimes, tel que le critère histologique de PAN puisque seule est exigée la présence de cellules granuleuses ou mononucléées dans la paroi des vaisseaux de petit et moyen calibre alors que l'image caractéristique est la nécrose fibrinoïde. Ces critères ne distinguaient pas la PAN de la micro-PAN (ou polyangéite microscopique) et ne tiennent pas compte de la biologie, en particulier des ANCA [11, 20]. Le tableau X montre bien les différences essentielles entre PAN et micro-PAN.
Tableau III : Critères diagnostiques de la périartérite noueuse (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 3 critères ou + (sensibilité = 82 %, spécificité : 87 %) |
Tableau IV : Critères diagnostiques de maladie de Wegener (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 2 critères ou + (sensibilité = 88,2 %, spécificité = 92 %) |
Tableau V : Critères diagnostiques de la maladie de Churg et Strauss (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 4 critères ou + (sensibilité = 85 %, spécificité : 99,7 %) |
Tableau VI : Critères diagnostiques des vascularites d'hypersensibilité (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 3 critères ou + (sensibilité = 71 %, spécificité = 84 %) |
Tableau VII : Purpura rhumatoïde (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 2 critères ou + (sensibilité = 87 %, spécificité = 88 %) |
Tableau VIII : Maladie de Horton (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 3 critères ou + (sensibilité = 94 %, spécificité = 91 %) |
Tableau IX : Maladie de Takayasu (d'après l'ACR 1990)
Diagnostic probable si 3 critères ou + (sensibilité = 91 %, spécificité = 98 %) |
Tableau X : Diagnostic différentiel de la périartérite noueuse et de la polyangéite microscopique
Histologie Vascularite nécrosante, infiltrat
inflammatoire polymorphe, rares granulomes Vascularite nécrosante, infiltrat
inflammatoire polymorphe, pas de granulomes Artères de petit et moyen calibre,
rarement artérioles Petits vaisseaux (capillaires, veinules
ou artérioles). Les artères de moyen
calibre peuvent être touchées Distribution et
localisation Atteinte rénale oui non non très fréquente non oui 50 à 80 p. 100 10 à 20 p.100 Rechutes rares fréquentes Anomalies biologiques Périartérite
noueuse rares (<20p.100) fréquents (50 à 80
p.100) oui (10 p.100) non Anomalies
artériographiques (micro-anévrismes,
sténoses) oui non
La classification proposée par le groupe de Chapel Hill en 1993 (tableau II) reste purement descriptive et ne propose pas encore de critères diagnostiques faute de casuistique suffisamment importante [22]. Dès à présent on peut dire qu'elle a l'inconvénient de faire " disparaître " le cadre de la PAN classique (hors HBV) tant il est fréquent de voir au cours d'une PAN classique des atteintes associées des petits vaisseaux, notamment cutanés, tel un purpura nécrotique (figure 2). Ce serait une erreur que de vouloir en faire une micro-PAN lorsque les manifestations cliniques et angiographiques de PAN restent au premier plan du tableau. Enfin, sur le plan évolutif, la PAN classique évolue très habituellement d'un seul tenant, sans rechute, contrairement aux vascularites nécrosantes primitives des vaisseaux de petit calibre, telle la micro-PAN, le syndrome de Churg et Strauss ou la maladie de Wegener qui rechutent très fréquemment [23].
D'autres vascularites ont également vu leurs critères diagnostiques précisés par d'autres autorités, qu'il s'agisse du syndrome de Kawasaki avec les critères du CDC d'Atlanta [10] (tableau XI) ou de la vascularite primaire du système nerveux central selon les critères de Calabrese (tableau XII) [6].
Tableau XI : Critères du CDC pour le diagnostic de maladie de Kawasaki*
* 80 % des cas ont < 4 ans ; rare après 8 ans |
Tableau XII : Critères diagnostiques de vascularite primitive du système nerveux central (SNC) (selon Calabrese)
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1. Vraie angéite primitive du SNC
2. Angéite bénigne du SNC
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5. Orientation diagnostique
En pratique le clinicien aura donc besoin de quelques grands repères qui vont le guider dans son enquête diagnostique et dans les prescriptions d'examens complémentaires [8, 33].
Schématiquement, le rhumatologue sera consulté dans la majorité des cas devant un tableau clinique associant arthralgies, myalgies ou arthrites, rarement un déficit neurologique moteur et/ou sensitif, avec ou sans signes généraux, et des signes cutanés qui grossièrement relèveront soit d'une atteinte des petits vaisseaux, soit d'une atteinte des artères de moyen ou de gros calibre [10, 26].
L'atteinte des petits vaisseaux se traduit par 3 à 5 lésions élémentaires connues sous le nom de trisymptôme de Gougerot associant un purpura infiltré, des papules (parfois en plaques d'urticaire) et des nodules dermiques. Plus rares sont les bulles et la nécrose (purpura nécrotique). L'atteinte des artères de moyen calibre se traduira par des nodules hypodermiques, un livedo, des ulcérations, voire des gangrènes distales [27]. Enfin l'atteinte des artères de gros calibre se révèlera parfois par un cordon artériel inflammatoire induré, une abolition du pouls correspondant et/ou un infarctus cutané ou viscéral dans le territoire tributaire de ce vaisseau (maladie de Horton ou de Takayasu).
Cette sémiologie élémentaire a l'avantage de délimiter cliniquement la taille probable des vaisseaux sièges du processus de vascularite et orientera la biopsie qui viendra confirmer les données d'un examen clinique complet et les données biologiques sélectionnées.
6. L'anamnèse
La très grande variété clinique et anatomique des vascularites impose une grande rigueur dans la démarche diagnostique [10]. L'interrogatoire reste un temps capital, c'est souvent lui qui oriente vers une vascularite secondaire infectieuse [9, 34] (tableau XIII), médicamenteuse [18] (tableau XIV), voire néoplasique [13, 19] (tableau XV). L'état civil du patient est une source précieuse de renseignements : l'âge (pas de maladie de Horton avant 50 ans en règle), la profession exercée, actuelle et passée, les voyages effectués, les vaccinations (penser au vaccin de l'hépatite B), les habitudes sexuelles, les prises de drogues, mais aussi les antécédents pathologiques et les traitements reçu [18]. A titre d'exemple, le tableau XVI reprend quelques éléments d'orientation devant une suspicion de vascularite.
Tableau XIII : Vascularites associées àune infection
Taille vaisseaux Type germe Agent infectieux Artère gros
calibre Bactérie Staphylocoque, Salmonelle,
Mycobactérie, Streptocoques Spirochete Treponema pallidum Mycose Coccidioidomycose Artère moyen
calibre Bactérie Streptocoque groupe A (PAn infantile),
Mycobactéries Virus HCV, HBV, HIV, Parvovirus B19 Vaisseaux petit
calibre Bactéries Streptocoque, Staphylocoque, Salmonelle,
Yersiniose, Mycobactéries, Neisseria Virus HIV, CMV, Herpès, Parvovirus
B19 Bactéries Rickettsies
Tableau IX : Vascularites associées à une prise médicamenteuse. Liste des principaux produits
Médicaments le plus souvent
incriminés Médicaments moins souvent
incriminés Produits chimiques (non
médicamenteux)
Tableau XV : Vascularites et néoplasie
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Fréquence : 5 % Répartition :
Hémopathies : répartition
Cancers solides (poumon 23 %, digestif 17 %, rein 14 %, vessie 5 %, prostate 5 %, sein 5 %, utérus 4 %). Répartition (80 cas) :
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Tableau XVI : Antécédents pertinents à rechercher devant une suspicion de vascularite
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Antécédents médicaux : diabète, arthrosclérose, thrombo-embolie, tabac, connectivite, PR, sarcoïdose, Behçet, valvulopathie ·Médications / produits chimiques : ordonnances produits, " naturels " Drogues illicites : cocaïne, amphétamines Antécédents socio-professionnels :
Passé transfusionnel : HCV, HBV, HIV, HTLV1, paludisme, syphilis, ... Angiographie récente : embolie cholestérol Habitudes sexuelles : HBV, HIV, autres MST Voyages " exotiques " : Blastomycose, histoplasmose, coccidioidomycose, paludisme, . |
Il reste un contingent de vascularites associées à des états pathologiques variés et qui ne rentrent dans aucune classification précise. Elles sont regroupées dans le tableau XVII [7, 40].
Tableau XVII : conditions diverses pouvant s'associer à une vascularite
Maladie Type de vascularite Maladie inflammatoire chronique
intestinale (MICA) Petits vaisseaux, rares PAN CBP Petits vaisseaux, rares PAN Syndrome de Goodpasture Petits vaisseaux, rares PAN Déficit alpha-1 AT Petits vaisseaux, rares PAN Court circuit intestinal Petits vaisseaux, rares PAn Fibrose
rétropéritonéale Localisée Glomérulonéphrite
post-strepto Rénale Glomérulonéphrite à
croissants Rénale Maladie d'Eales Rétine Erythème noueux Peau Erythema elevatum diutinim Peau Papulose atrophiante maligne Peau, intestins, système nerveux
central Syndrome de Cogan Aorte
7. Groupements symptomatiques
Les vascularites systémiques ou cutanées vont se traduire par un groupement de manifestations cliniques qui devront faire l'objet d'une étude à la fois analytique pour préciser, pour un viscère donné (ou la peau) quelles sont les signes élémentaires et une démarche globale synthétique qui regroupera l'ensemble des organes touchés, certains groupements étant hautement évocateurs d'une vascularite donnée (tableaux XVIII, XIX et XX) [10].
Tableau XVIII : Etude analytique des principales lésions élémentaires de chaque organe au cours des vascularites
Organe Peau ORL Poumons Rein SNC SN
périphérique Type de lésion Urticaire Ulcération Asthme Protéinurie Mononévrite Organe Coeur Tube digestif Foie, rate,
pancréas Oeil Type de lésion Insuffisance cardiaque Hémorragie digestive Hépatite Episclérite
Erythème
Nodule
Purpura
Aphtes
Ulération
Gangrène
Polypes
Surdité
Nodules
Infiltrats
Hémorragie alvéolaire
Hématurie
Leucocyturie
I. rénale
GNRP
GN IgA
GNPD
GNSF
GEM
G. endo, extracap.
Rein vasculaire
Colique néphrétique
Multinévrite
Polynévrite
AVC
Convulsins
Infarctus
HTA
Péricardite
Infarctus
Anévrysme coronarien
Perforation
Colite inflammatoire
Ulcérations
Infarctus splénique
Infarctus hépatique
Infarctus pancréatique
Pancréatite aiguë
Sclérite
Scléromalacie
Angéite rétinienne, nodules dysauriques
Thrombose rétinienne A ou V
Iritis / uvéite
Tableau XIX : Analyse synthétique des principaux groupements lésionnels caractéristiques des principales vascularites
Vascularite
d'hypersensibilité Purpura rhumatoïde PAN Micro-PAN SCS Churg et Strauss M. de Wegener Cryo mixte -Peau (trisymptome de Gougerot) SG SG SG SG SG SG
SG = signes
généraux GNRP = glomérulonéphrite
rapidement progressive
(Rein)
(Poumon)
Musculo-articulaire
Peau (purpura)
Tube digestif
Rein (GN) IgA
Articulations
Multinévrite
HTA
Insuffisancecardiaque
Peau (livedo, nodules, ulcérations, gangrène
distale)
Rein (insuffisance rénale)
Tube digestif (infarctus)
Peau (purpura)
Rein (GNRP)
Poumons (hémorragie alvéolaire)
Poumons (asthme, opacités pulmonaires)
Multinévrite
ORL (polypose)
ORL
Oeil (sclérite)
Poumons (nodules, opacités)
Rein (GNRP)
Foie (VHB) cytolyse
Rein (GNRP)
Multinévrite
Peau (purpura, trisymptome)
Tableau XX : Fréquence approximative (en %) des manifestations systémiques dans les vascularites d'hypersensibilité des vaisseaux de petit calibre
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Organe |
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Cryo mixte |
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Peau |
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Rein |
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Poumons |
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ORL |
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Muscles - articulations |
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S. nerveux |
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Tube digestif |
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8. La biologie, une aide au diagnostic
Les examens biologiques apportent des arguments d'inégale valeur pour le diagnostic étiologique d'une vascularite :
1/ Examens d'orientation
a) Certains témoignent du caractère inflammatoire de la vasculopathie et serviront de base au suivi : il s'agit de la VS et de la CRP, de l'haptoglobine, des alpha-2 globulines, voire de l'hypercomplémentémie.
b) La numération formule sanguine apporte également des renseignements à la fois diagnostiques et pronostiques : une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles doit faire rechercher une atteinte viscérale associée lorsque le patient semble ne présenter que des manifestations dermatologiques (purpura, urticaire, papules, nodules), une hyperéosinophilie oriente vers un syndrome de Churg et Strauss ou une panartérite noueuse (PAN).
c) L'électrophorèse des protides peut apporter divers renseignements : non tant l'hyper-alpha-2-globulinémie que l'existence d'une hypergamma-globulinémie polyclonale évocatrice de purpura hyperglobulinémique avec ou sans syndrome de Sjögren [1], plus rarement monoclonale dans le cadre d'une cryoglobulinémie de type I (ou II). Un taux d'alpha-1-globulinémie inférieur à 1g/l fera doser l'alpha-1-antitrypsine dont le déficit peut s'associer à des signes de vascularite [7]. Un pic monoclonal orientera vers une vascularite associée à un myélome ou une hémopathie lymphoïde. Un pic IgA s'observe fréquemment dans l'erythema elevatum diutinum [40].
d) Le dosage pondéral des immunoglobulines cherchera une élévation élective des IgA, évocatrice de purpura rhumatoïde [12].
e) Marqueurs de la lésion endothéliale vasculaire. Le processus inflammatoire est souvent à l'origine d'une nécrose endothéliale ou du moins d'une dysfonction de la cellule endothéliale qui relargue des produits de synthèse, tel le facteur VIII Willebrand antigénique ou des molécules d'adhésion ICAM-1, VCAM-1, E-selectine. Ces dosages ont été proposés, non tant dans un but étiologique car des vasculopathies non inflammatoires peuvent également comporter une élévation de ces composants, mais pour apprécier la diffusion et la gravité de la vascularite et pour le suivi sous traitement [2].
2/ Examens diagnostiques
a) Complexes immuns et complément
La recherche de complexes immuns cryoprécipitants constitue une première étape en prenant un luxe de précautions pratiques pour ne pas méconnaître une cryoglobulinémie (tableau XXI). Une hypocomplémentémie portant sur le CH50 et surtout le C4, voire le C3, constitue un bon argument en faveur d'une cryoglobulinémie, mais elle peut résulter également d'un déficit partiel ou total (habituellement associé à un syndrome lupique avec anticorps anti-Ro (SSA)) et/ou d'autoanticorps anti-C1q, tous syndromes pouvant se manifester par une vascularite [39]. De même des facteurs rhumatoïdes IgM sont souvent présents au cours des cryoglobulinémies mixtes dites essentielles, mais doivent également faire évoquer une vascularite associée à une connectivite : polyarthrite rhumatoïde, mais surtout syndrome de Gougerot-Sjögren primitif. Une recherche d'anticorps anti-Ro (SSA) et La (SSB) aidera au diagnostic en sachant que ces anticorps sont significativement associés aux manifestations de vascularite dans cette affection [1].
Tableau XXI : Associations cliniques des cryoglobulinémies
I - Cryo monoclonales (type
I) II - Cryo mixtes (types II et
III) 2. Maladies systémiques
: LED, PR, Sjögren, sclérodermie,
sarcoïdose 3. Vascularites
systémiques 4. Autres maladies autoimmunes
: thyroïdite, CPB, hépatites, maladie
coeliaque, pemphigus vulgaris 5. Divers : fibrose
endomyocardique, fibrose pulmonaire idiopathique,
glomérulonéphrites prolifératives
extracapillaires, cancers : sein, nasopharynx,
oesophage 6. Syndromes
lymphoprolifératifs :
macroglobulinémie, LLC, lymphomes,
lymphadénopathie angioimmunoblastique 7. Cryoglobulinémie mixte
essentielle
1. Infections
b) Sérologies virales et bactériennes
Nombre de vascularites sont intimement liées à une infection aiguë ou chronique. Ainsi 20 p. cent des PAN sont associées à une infection par le virus de l'hépatite B [29], 80 p. cent des cryoglobulinémies dites essentielles de type II (ou de type III) sont le fait d'une infection par le virus de l'hépatite C [5, 9, 14]. Le dosage des transaminases accompagnera donc ces recherches virales qui seront conduites jusqu'au dosage du DNA viral ou RNA. Les autres virus rendus responsables plus rarement de vascularites sont le Parvovirus B19 (quelques cas de PAN), les rétrovirus (VIH et HTLV1). D'autres micro-organismes sont incriminés : streptocoques dans la PAN cutanée de l'enfant [12], et surtout dans le syndrome de Kawasaki par l'intermédiaire des superantigènes toxiniques. Les rickettsies ont un tropisme vasculaire et sont parfois responsables de tableaux de vascularite. Enfin on ne méconnaîtra pas une vascularite septique dans le cadre d'une endocardite d'Osler devant un purpura des membres inférieurs chez un sujet porteur d'un souffle cardiaque, et les hémocultures répétées seront systématiques [9].
c) Auto-anticorps
1°) Outre les facteurs rhumatoïdes IgM et les anti-Ro / SSA déjà mentionnés [1], les dosages d'autoanticorps comporteront également la recherche d'anticorps antinucléaires (AAN) par immunofluorescence et d'anti-DNA natif en sachant que certaines urticaires retardées à la pression peuvent comporter des anti-DNA natif par le test de Farr en l'absence d'anti-noyaux en immunofluorescence et que certains lupus peuvent débuter par une vascularite inaugurale durant plusieurs mois [2].
2°) Les anticorps IgG anti-C1q sont fréquents dans les lupus avec atteinte rénale mais s'observent également dans le syndrome de Mac Duffie (vascularite hypocomplémentémique sans cryoglobulinémie) [39].
3°) Les anticorps anti-phospholipides seront dosés au titre du diagnostic différentiel car, si cliniquement les manifestations sont voisines, histologiquement la lésion primitive est une thrombose sans réaction inflammatoire pariétale initiale. On recherchera des antiphospholipides par un test ELISA anti-cardiolipine et/ou anti-phosphatidyl serine, une sérologie TPHA/VDRL (sérologie dissociée = fausse sérologie syphilitique), une recherche d'anticoagulant circulant (temps de céphaline activée, temps de thromboplastine diluée, test de neutralisation ...), voire par le dosage des anticorps anti-cofacteur des phospholipides : anti-ß2-glycoprotéine I [7, 26].
4°) Les anticorps anti-endothelium vasculaires (AECA) (anti-endothelial cell antibodies) ne sont pas de dosage courant. Ils joueraient parfois un rôle déterminant à l'origine de tableaux de vascularites : IgM anti-cellules endothéliales dans le syndrome de Kawasaki et dans certains syndromes hémolytiques et urémiques. La cible de ces anticorps est mal caractérisée et leur expression membranaire varie selon le taux local d'IFN-gamma.
5°) Les anticorps anti-cytoplasme de polynucléaires neutrophiles (ANCA). Ils constituent, au même titre que les AAN, une vaste famille d'autoanticorps et plusieurs catégories ont été individualisées selon l'aspect observé en immunofluorescence indirecte sur frottis de polynucléaires neutrophiles humains fixés à l'éthanol [11]. Une fluorescence diffuse et granulaire du cytoplasme, appelé D-ANCA ou C-ANCA (D = diffus, C = classique) correspond très habituellement à des anticorps anti-PR3 (protéinase 3, enzyme présente dans les granules primaires des polynucléaires). Ces anticorps sont très caractéristiques de la granulomatose de Wegener (spécificité 90 p. cent des formes avec preuve histologique) qu'il s'agisse d'une forme diffuse (sensibilité : 80 p. cent des formes évolutives) ou localisée (sensibilité : 50 p. cent). Le taux des C-ANCA varie habituellement parallèlement à l'évolutivité clinique de la maladie et le dosage peut constituer également un test de suivi biologique dans la surveillance du traitement. L'autre aspect en fluorescence est le marquage cytoplasmique limité autour du noyau appelé P-ANCA (P = périphérique). Cet aspect artefactuel disparaît sur un substrat fixé au formaldehyde, et correspond dans 60 p. cent des cas à des anticorps anti-myeloperoxydase (MPO). Cet aspect est évocateur d'une vascularite à tropisme rénal et pulmonaire individualisée sous le nom de PAN microscopique (sensibilité : 50 p. cent). Les anti-MPO se rencontrent également dans les glomérulonéphrites rapidement progressives pauci-immunes (sensibilité : 75 p. cent) et le syndrome de Churg et Strauss (sensibilité : 60 p. cent). En revanche la PAN classique (non liée au virus HB) ne comporte que très rarement des C- ou P-ANCA (10 p. cent) [25].
On voit donc que la mise en évidence des ANCA au cours des syndromes vasculitiques a permis des progrès nosologiques certains à l'origine de la classification de Chapel-Hill [22], mais ne constitue pas, à eux seuls, un critère suffisant pour affirmer l'existence d'une vascularite [20]. La clinique et l'histologie restent les pièces maîtresses de la démarche diagnostique.
Le tableau XXII résume les principaux examens biologiques utiles au diagnostic positif et différentiel des vascularites.
9. Diagnostic différentiel : les pseudo-vascularites
Une présentation clinique peut amener à discuter d'autres diagnostics qu'une vascularite : c'est le cas d'une glomérulonéphrite rapidement progressive, d'un syndrome pneumo-rénal, d'une hémorragie intra-alvéolaire, d'une atteinte du système nerveux périphérique ou central. Ce n'est pas notre propos. Nous soulignerons ici les grandes étiologies qui peuvent en imposer pour une vascularite et où l'interrogatoire, l'examen clinique, la biologie et l'histologie seront précieux pour rectifier un diagnostic [7, 15]. Ces cadres étiologiques sont résumés dans le tableau XXIII.
Tableau XXIII : Diagnostics pouvant simuler une vascularite
Phénomènes
emboliques Microangiopathies thrombotiques
Malformations vasculaires Carence vitaminique Hémopathies malignes Maladies de surcharge Usage de médications
· Divers
10. Conclusion
Le tableau XXIV regroupe les principales vascularites et leurs localisations viscérales ainsi que les examens biologiques utiles au diagnostic. Le clinicien pourra s'inspirer de l'arbre décisionnel suivant pour progresser rapidement dans le diagnostic pratique (figure 3).
Tableau XXIV : Principales manifestations cliniques et biologiques des vascularites
Vascularite
hypersensibilité Cryoglobuline mixte Mac Duffie Purpura rhumatoïde Behçet E. noueux S. de Cogan PAN Churg et Strauss Micro-PAN Wegener Takayasu Horton Purpura hyperglob. SAPL Vascularite
hypersensibilité Cryoglobuline mixte Mac Duffie Purpura rhumatoïde Behçet E. noueux S. de Cogan PAN Churg et Strauss Micro-PAN Wegener Takayasu Horton Purpura hyperglob. SAPL

Références
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2. ALLEN NB, BRESSLER PB. Diagnosis and treatment of the systemic and cutaneous necrotizing vasculitis syndromes. Medical Clin North America, 1997, 81, 243-259
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